Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

11 juillet 2009

BLACK BAZAR

d'Alain Mabanckou
Roman - 245 pages
Editions Seuil - janvier 2009

Notre héros, dandy parisien venu du Congo Brazzaville, passionné par les faces B des femmes au point d'être surnommé "fessologue" est un sapeur. Qu'importe ses conditions de logement peu glorieuses et son frigo peu rempli, il se doit d'être vêtu des plus belles créations de couturiers pour tenir son honneur au sein de la communauté congolaise de Paris. Mais depuis peu, sa femme l'a quitté pour rentrer au pays. Alors parfois, il s'interroge, il doute, et cherche le réconfort de ses amis qu'il retrouve souvent au Gib's.
Black Bazar est de loin le roman le plus 'abordable' d'Alain Mabanckou. Il se dévore sans peine, et, peut-être différemment de Verre Cassé ou Mémoires de porc-épic, Black Bazar, avec ses ponctuations conventionnelles et ses chapitres truculents, est un roman simple mais efficace et réjouissant. Alors bien sûr, l'auteur ne peut s'empêcher de truffer les pages de références diverses, notamment à Brassens ("le chanteur à moustache" ou "le chanteur de Sète").

Extrait :

"Je me trouvais alors à la gare du Nord et devais me rendre à La Courneuve chez mon cousin qui organisait une fête. Quelques types bien de la négraille parisienne avaient été conviés et je savais au fond que c'était pour aller exhiber les costumes en vogue sur la place de Paris. Quand c'est comme ça on arrive toujours bien sapés, bien parfumés et bien rasés, on se toise en chiens de faïence, on inspecte un peu les quatre coins de la baraque, question de voir s'il y a quelques nouvelles filles du pays qui valent la peine qu'on s'y attarde parce que quand ces gazelles sauvages débarquent à Paris avec leur crasse on ne doit pas leur laisser le temps de comprendre comment marchent les métros ou à quel guichet elles doivent s'adresser pour les allocations familiales."
Au delà de l'humour et d'une certaine légèreté du personnage, il y a tout de même une volonté de dépeindre les communautés noires qui vivent à Paris, évoluant entre Château-Rouge, Château d'Eau, Châtelet-les-Halles (une attirance pour les châteaux ? :-)) et d'évoquer les diversités de ces populations et les difficultés des vies de ces sapeurs, décalées par rapport à la société française.
Un roman vraiment réussi, une immersion douce-amère dans une frange de la communauté afro-parisienne contemporaine.
.

Libellés : , ,

06 juillet 2009

JOURNAL D'UN MEDECIN DU TRAVAIL

de Dorothée Ramaut
Témoignage - 175 pages
Editions Poche J'ai Lu - octobre 2007

Pendant 20 ans, Dorothée Ramaut (pseudonyme) a été médecin de travail dans un hypermarché. Entre 2000 et 2006, elle prend pleinement conscience des pratiques contraires aux Droits de l'Homme et au respect du personnel, qui s'y exerce. Les entretiens avec les employés, manutentionnaires, caissières ou cardes, se succèdent et révèlent souvent un mal-être profond, conséquences de harcèlements moraux et de pression liée aux objectifs.

Journal d'un médecin du travail est vraiment à prendre pour ce qu'il est : le journal d'une femme qui exerce le métier de médecin du travail de la manière qui lui semble la plus juste. Coincée entre un milieu de la grande distribution peu scrupuleux, les peurs et les hésitations des employés en souffrance, et ses doutes personnels quant au rôle d'un médecin du travail, elle fait part de ses décisions mais aussi de son épuisement et de son pessimisme.

Extrait :
"Je revois Thibault, une des « victimes » de Benoît. Il est en arrêt de travail depuis neuf mois. Il a toujours une prise en charge psychothérapique et un traitement médicamenteux lourd. Il va un peu mieux, il est moins angoissé et a retrouvé le sommeil. Il veut retravailler, mais il n’est pas du tout possible qu’il reprenne son travail de chef de rayon dans le magasin, Benoît, son chef de secteur, l’attend de pied ferme…Pour qu’il puisse rechercher du travail, il faut une rupture du contrat de travail. La meilleure solution pour lui est l’inaptitude médicale."

Par les témoignages des cadres ou des manutentionnaires de rayon qu'elle suit, on découvre les réalités de ces métiers où la flexibilité doit être de mise, et où le silence est d'or. Des réflexions également sur les sacrifices professionnels au détriment des vies privées, des choix à faire pour que les choses avancent, les droits qui protègent et aident les salariés malmenés.

"Une logique économique où l'humain n'existe plus " - Interview de l'auteure
Carnet d'un médecin du travail - Le blog de sentinelle
L'avis de Marie J. - En marge

Libellés : , ,

29 juin 2009

ROSALIE BLUM - Tome 2

HAUT LES MAINS, PEAU DE LAPIN !
de Camille Jourdy
Bande dessinée - 128 pages
Editions Actes Sud BD - juin 2008

Aude, jeune fille de 19 ans, se laisse vivre... Dans sa colocation haute en couleur, elle passe ses journées de chômage devant la télé, au milieu d'un bordel monstre, car il y a tous les attirails de son Koloc, un punk fan de spectcle de cirque et misant sur ses cambriolages pour monter son spectacle à succès. Un jour, sa tante Rosalie qu'elle n'a pas revue depuis longtemps, lui confie qu'elle est suivie dans la rue par un mstérieux jeune homme. Aude est alors chargée de suivre et d'enquêter sur ce fameux Vincent.
C'est toujours plein de vie, et surtout de couleurs magnifiques : les planches sont réellement superbes, d'une rare beauté. Ces personnages hauts en couleurs dans la colocation, l'enquête assez drôle que mène Aude et ses amies délurées, c'est plaisant.
On en apprend sur cette tante Rosalie, ce 2e tome se passe sur la même durée que le 1e tome, seul le point de vue change : on est cette fois du côté de Rosalie et on observe Vincent de loin. Mais manque une pièce au puzzle : qu'est ce qui la lie à Vincent ? Que se passera-t-il lors de ce premier rendez-vous au salon de coiffure entre Vincent et Rosalie ? J'imagine qu'il fait attendre le 3e tome (y'aura même un 4e tome !), mais celui-ci m'a paru du coup assez faible en intrigue.
.

Libellés : ,

28 juin 2009

LA FILLE QUI RÊVAIT D'UN BIDON D'ESSENCE ET D'UNE ALLUMETTE

Millénium Tome 2
de Stieg Larsson
Roman policier - 650 pages
Editions Actes Sud - Novembre 2006
Lisbeth Salander vit à l'écart des rares personne qu'elle connaît. Elle vit grâce à la somme d'argent conséquente qu'elle s'est procurée. Mikael Blomkvist, lui, a réintégré la rédaction en chef de Millénium et débute une collaboration avec Mia et Dag qui souhaite publier un travail d'investigation sur l'univers du crime et de la prostitution en Suède. Quand Mia et Dag sont retrouvés assassinés, c'est le début d'une enquête folle et de la cavale de Lisbeth, soupçonnée de ce double meurtre. Pour autant, les chemins de Mikael et de Lisbeth ne se croiseront pas (tout de suite)...
Avec le second tome de la trilogie, Stieg Larsson nous donne à mieux connaître le personnage de Lisbeth Salander, en se détournant un peu de Mikael Blomqvist et de ses frasques sentimentales. Lisbeth la taciturne, la réfléchie, cette jeune femme toujours sous tutelle, qui cache un passé douloureux et montre de temps à autres son aversion totale des violences faites aux femmes.
Extrait :
"NonnonnonpasMiaaussinomdedieu. On lui avait tiré à travers la figure. La balle était entrée par le bas de la mâchoire sous l'oreille gauche. La sortie sur le bord de la tempe était grosse comme une orange et son orbite droit était vide et béante. L'hémorragie était, si possible, encore plus importante que celle de son compagnon. L'impact de la balle avait été si violent que le mur à la tête du lit, à plusieurs mètres de Mia Bergman, était éclaboussé. Mikael se rendit compte qu'il serrait le téléphone portable d'une main crispée, toujours connecté au 112, et qu'il avait retenu sa respiration. Il inspira profondément et leva le portable. - Il faut que la police vienne. Deux personnes. Je crois qu'elles sont mortes. Dépêchez-vous. "
Menée par plusieurs protagonistes (la police, l'investigateur super Blomqvist, ainsi que ceux qui ont des comptes à régler ...), l'enquête avance bon train, avec ses phases de réflexion un peu ralenties et ses rebondissements. Ce 2e volume captive d'emblée son lecteur, pour le relâcher à la 650e page page dans un état de tension et d'épuisement considérables. Un thriller convaincant. __________ [merci Mélanie !]
.

Libellés : , ,

24 juin 2009

NOS ENFANTS NOUS ACCUSERONT

de Jean-Paul Jaud
Documentaire - 1h50
Sortie salles France - 5 novembre 2008

Dans le village de Barjac, Gard, l'introduction de produits bio de proximité dans la cantine municipale est l'occasion de promouvoir une alimentation saine, de s'interroger sur les risques environnementaux ayant les conséquences en matière de santé, d'apprécier le rôle du service public et de réaliser les succès pédagogiques auprès des enfants scolarisés.

Présentation du village, de l'école, de la cuisine municipale qui fournit les repas de l'école publique, l'école privée et certianes personnes âgées, à leur domicile. Belle mise en valeur du service public de proximité.
Vient alors la préoccupation du contenu de l'assiette. Un certain nombre d'aliments classiques sont pointés avec un arrêt sur image et une liste de composés supposés néfastes s'y trouvent (nitrites, pesticides, parabènes, plomb...) Hormis la forme assez formatée style reportage télévisé à sensation, Jean-Paul Jaud a très bien filmé son reportage et le message véhiculé mérite que l'on s'y attarde. Effectivement, si la liste des ingrédients se doit être exhaustive (ou presque) sur l'emballage, la teneur en pesticides, herbicides, fongicides, est cachée, tandis que la liste opaque des EXXX se réfère aussi bien à des additifs d'origine totalement naturelle (ex. l'E414, pour gomme arabique, exsudat de sève de l'arbre d'acacia, arbre sauvage d'Afrique saharienne) qu'à des additifs totalement synthétique et potentiellement dangereux (ex. l'E 214, pour P-hydroxybenzoate d'éthyle, un parabène de synthèse).

A chacun de s'informer quand cela est possible.
Il a le mérite de soulever de vraies questions, d'aborder la problématique du coût élevé des aliments bio en insistant sur le coût global des denrées alimentaires conventionnelles : prix d'achat auquel il faudrait ajouter les subventions aux agriculteurs, les coûts de dépollution, de gestion des crises environnementales et des frais de santé liés aux maladies. Car nombreux sont les agriculteurs rendus malades par la manipulation, même protégée, des produits phytosanitaires. Le documentaire présente les cas courants qu'on observe en riziculture, viticulture et arboriculture. J'ai aussi bien apprécié la démonstration assez convaincante de la différence du sol entre deux parcelles viticoles voisines : l'une conventionnelle dont la terre est stratifiée, faisant que l'eau s'écoule sans pénétrer, en contribuant à l'érosion et à la pauvreté de la terre ; l'autre menée en agriculture biologique, dont la terre forme une structure grumeleuse, truffée de vers au travail, une terre vivante.
Après deux mois d'abstinence cinématographique, retour dans les salles obscures pour voir ce documentaire tant attendu, ce slow-film comme l'a présenté le maire de Barjac, Edouard Chaulet lors de sa présentation aux spectateurs dans la salle... Et bien m'en a pris !
.

Libellés : , ,

22 juin 2009

SOULFOOD EQUATORIALE

de Léonora Miano
Exquis d'écrivain - 100 pages
Editions du NiL - avril 2009

Comme une odeur de fumet qui nous titille les narines peut faire saliver au souvenir d'un plat exquis, chaque chapitre de Soulfood Equatoriale évoque un met particulier, un ingrédient caractéristique, des gestes et des ustensiles aussi, des souvenirs de son Cameroun que Léonora Miano ne peut quitter d'une papille... Avocat, gombo, gari, jazz (un pain chargé (sandwich) enrichi d'haricots rouges en sauce...), mwanja, ndole... autant de mot-clés dont la clé gustative nous est livrée par l'auteur, agrémentée de ses souvenirs ou de légendes élégantes.
Comme une pause dans la biographie violente de Léonora Miano, Soulfood équatoriale est un véritable enchantement. Par le style d'abord, la plume acerbe, inventive, cinglante, drôle parfois, que Léonora Miano n'abandonne pas. Et puis par la forme des ces digressions culinaires, prétextes à rêveries, souvenirs heureux ou moins, initiation à la richesse peu connue d'une cuisine équatoriale.
Extrait :

"Le voici. Là, sous mes mains qui cherchent, dans le placard de la cuisine, le gros galet plat et sa petite pierre ronde. Une pierre dense et solide. Elle sert à écraser, une fois posés sur le galet, les ingrédients de la sauce qui me ramènera chez moi. Je la laisse épouser parfaitement le creux de ma main.

Aussitôt, j’entends le clapotis de l’eau sur les rochers. Le chant des pêcheurs qui rapportent une moisson de soles à braiser pour les fines cuisinières de la côte."

Dans ses pages, on entend tout, on entend les voix de ceux qui réclament des pains de 10, on entend le doux crissement du gari, le son de celui qui mange goulument sa sauce gombo, le mixer qu'utilise en cachette la belle qui prépare le ndole à son prince. J'ai entendu tout ça et plus encore. Les chapitres de Soulfood équatoriale éveillent les cinq sens, et autour de mets évoquent la faim, la joie, le labeur, la culture et l'identité.

J'ai adoré ce petit livre, généreux et sincère.

Contours du jour qui vient, de Léonora Miano - Chez Lo
L'avis de Cathulu - Des bouquins, des bestioles, du bric-à-brac

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Libellés : , , ,

08 juin 2009

HISTOIRE COULEUR TERRE - Tomes 1 & 2

de Kim Dong Hwa
Bande dessinée - 2 x 310 pages
Editions Casterman Ecritures - oct 2006

Une petite fille coréenne grandit auprès de sa mère, une femme veuve tenancière d'une taverne fréquentée par les hommes. Patiemment elle supporte les réflexions des clients ivrognes qui jasent de la savoir seule. Et elle voit sa fille grandir : Ihwa doit elle aussi éviter les garçons qui veulent voir sous sa jupe. Mais il y a aussi le jeune moine qu'elle croise un jour et auquel elle repense souvent... Elle aime les fleurs, leurs couleurs et leurs parfums, et par leur intermédiaire, s'explique ses sentiments et tente de les communiquer, tout en s'acheminant vers l'adolescence... Au printemps, les fleurs comme les femmes s'épanouissent, et sa mère soupire aussi en attendant le retour de l'écrivain public si élégant...
Histoire couleur terre est un manhwa, c'est-à-dire un manga coréen. Ecrivant habituellement des sunjung manhwa, à savoir des mangas destinés au jeune lectorat féminin, Histoire couleur terre s'adresse à tous avec ce vibrant hommage aux femmes en les suivant sur une génération entière à travers Ihwa.
Sur la forme, les planches en noir&blanc nous font voir des bulles au graphisme simple et néanmoins expressif, et puis, de temps à autres, on découvre une double ou une pleine page d'une illustration unique d'une grand raffinement, et là on fait "Whhoouu- ouuuuuuuaaaaahhhh..."
Sur le fond, Kim Dong-Hwa a voulu rendre hommage aux femmes de la génération de sa grand-mère, et de sa mère, confrontées auc poids des traditions qui dictent les "bons" comportements, et à l'aspiration de ces femmes, leurs propres sentiments parfois contradictoires.
Entre elles, une grande complicité. La mère apprend à la fille la beauté des sentiments, de l'amour, des hommes. Le Nature sert de prétexte et de support parfois à cette admiration (la BD débute avec l'accouplement de scarabées - d'abord à 2 puis à 3 !).
Le ton poétique très présent dans les dessins comme dans les textes, avec très souvent l'évocation de fleurs et des saisons, peut sembler mièvre ou bien très joli. Et l'auteur n'évite rien des aspects concrets de la puberté, des premières règlesn de l'apprentissage de la sexualité.
La petite puis grande Ihwa devra apprendre des autres puis apprendre d'elle-même les légendes, les paraboles, les métaphores et les réalités de la vie et de l'amour...

Libellés : , ,

07 juin 2009

LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES

Millénium - Tome 1
de Stieg Larsson
Roman policier - 575 pages
Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain
Editions Actes Sud - juin 2006


Mikael Blomkvist, rédacteur du journal Millénium, traverse quelques difficultés professionnelles lorsqu'il est contacté par un gros industriel pour rédiger une fresque familiale mais surtout relancer une enquête abandonnée : celle de la disparition d'Harriet Vanger, la nièce de cet industriel. Très bien rémunéré, il devra accepter d'enquêter depuis l'île de Hedeby, près d'Hedestad, dans la Suède reculée, au milieu des membres de la famille Vanger, une quasi dynastie aux personnages singuliers. Travaillant d'abord seul puis avec l'aide de Lisbeth Salander, une hackeuse assez rebelle et perturbée, les recherches le méneront à des découvertes dangeureuses et macabres, autour d'hommes qui n'aimaient pas les femmes et n'hésitaient pas à leur faire subir les pires sévices.
A le voir partout sur les étals des marchands de livres, sur les blogs littéraires et dans la presse, à en entendre parler autour de moi depuis si longtemps et à l'entrevoir récemment à l'affiche des cinémas, cette trilogie de Stieg Larsson est partout et ce n'est que maintenant que j'achève la lecture des pages qui se trouvent derrière la fameuse couverture noire à l'aspect assez maléfique.

Déçue non, c'est un bon roman noir, mais l'histoire ne m'a réellement absorbée qu'une fois les 250 premières pages passées.
Ensuite effectivement, l'enquête ou plutôt les enquêtes qui tournent autour de scandales financiers (des petits airs de ClearStream, d'Eva Joly, de paradis fiscaux...), de meurtres en série, de violences faites aux femmes, m'ont tenu en haleine.
Les personnages principaux, Mikael Blomqvist et Lisbeth Salander, tous deux intelligents et persévérants, on aime les suivre dans leurs quotidiens et leurs tâtonnements. Autant Mikael est un homme mûr, sûr de lui, divorcé et tombeur, avec au fond de l'esprit une vengeance qu'il se sait devoir accomplir sans faille, autant Lisbeth cache des blessures plus secrètes, plus délicates. Très jeune, placée sous tutelle, elle frôle la marginalité et éprouve des difficultés à entretenir des rapports sociaux.
Extrait :
"Ce jour-là, Lisbeth Salander était vêtue d'un tee-shirt noir avec une image d'E.T. exhibant des crocs de fauve, souligné d'un I am also an alien. Elle portait une jupe noire dont l'ourlet était défait, un court blouson de cuir noir râpé, ceinture cloutée, de grosses Doc Martens et des chaussettes aux rayures transversales rouges et vertes, montant jusqu'aux genoux. Son maquillage indiquait qu'elle était peut-être daltonienne. Autrement dit, elle était extrêmement soignée."
L'habit ne faisant pas le moine, Lisbeth étonne par son talent à exploiter les nouvelles technologies pour parvenir à ses fins de recherche. L'informatique occupe une place non négligeable dans les outils employés et place ce "polar" dans un contexte bien actuel - quoique très froid - en plus de balayer de nombreux travers de nos sociétés. __________[merci Mélanie !]

Millénium Tome 2 - La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette - Chez Lo
L'avis d'Anne-Sophie - La Lettrine
La réponse des traducteurs accusés de bourdes - NouvelObs

Libellés : , ,

27 mai 2009

L'AMOUR EST A LA LETTRE A

de Paola Calvetti
Roman - 380 pages
Editions Presses de la Cité - avril 2009
Emma, mère divorcée, décide d'ouvrir sa librairie dans Milan, un lieu qui serait dédié à son amour de la lecture, à son penchant pour les histoires d'amour. Lorsqu'un jour discrètement, son grand amour de jeunesse Federico entre dans la librairie "Rêves&Sortilèges", c'est la début d'une forte relation épistolaire inconnue de leur entourage. Car, si Emma et Federico s'écrivent, se voient et plus encore lors de romantiques week-ends en France, Federico, architecte à New-York, n'en est pas moins marié et père. Sa vie s'articule autour de ses projets professionnels, celle d'Emma autour de sa librairie qu'elle fait évoluer avec originalité. Mais le manque de l'autre n'est jamais loin et les courriers s'échangent avec une régularité empreinte de passion.
Pas très enthousiaste lorsqu'il m'a été proposé, j'ai considéré et lu L'amour est à la lettre A avec des yeux plus intéressés, tant ce livre est beaucoup moins simpliste qu'il n'y paraît. Si cette histoire d'amour entre Emma la libraire et Federico l'architecte (re-)démarre de façon peu convaincante, le roman se tisse ensuite en jouant sur différents tableaux : l'échange épistolaire, tendre, retenu, tantôt passionné ou encyclopédique, mais aussi la vie de la librairie Rêves&Sortilèges que l'on aurait bien envie de fréquenter et où les rayons s'articulent autour des types d'histoires d'amour, dans laquelle des animations et des lectures s'organisent, des rencontres aussi. Et puis il y a l'Architecture qui prend une place non négligeable dans les lettres de Federico.
Extrait :

"Je pense souvent que ne pas nous téléphoner est une connerie, une forme de protection obtuse, il suffirait que j'appuie sur une touche (je t'ai mémorisée, tu sais ?) et j'entendrais ta voix et nous nous raconterions ce que nous faisons. Je ne téléphone pas, le pacte entre nous est inflexible, par superstition, comme si les voix en passant par le fil augmentaient la distance. Les phrases que tu m'écris, non, elles ont un poids, elles sont avec moi. Toujours. Ton Federico"

Par moment assez fastidieuse j'ai trouvé, la lecture est par moments vraiment intéressante par la vision qu'a Emma de la vie, de son fils, et par celle de Federico également. L'histoire n'est pas non plus fleur-bleue, elle garde ses parts d'ombre mais montre certains drames. Le roman foisonne également de références littéraires.
Livre sympathique avec de vraies qualités, une langue agréable. _____________[merci à Suzanne, de ChezLesFilles]
.

Libellés : , ,

21 mai 2009

FRAISE ET CHOCOLAT - Tome 2

d'Aurélia Aurita
Bande dessinée - 190 pages
Editions Les Impressions Nouvelles - septembre 2007
Chenda a suivi son amoureux Frédéric au Japon, et pendant que lui travaille à l'extérieur, elle reste à l'hôtel ou dans leur appartement, avance sur son projet graphique, et pense à son homme aussi. Couple actuel, Chenda et Frédéric raffolent de leurs parenthèses sexuelles mais Chenda ressent certaines craintes face à leur relation, des doutes, des peurs du lendemain.
Une histoire assez légère, un carnet intime autour de couple formé par les deux dessinateurs, avec un récit sans tabous. Des tranches de vie d'une jeune femme qui se retrouve un peu dans la peau de "femme d'expat", à attendre son cher et tendre des journées entières. Sexe, complicité, légèreté, c'est ce qui caractérise leurs moments partagés. Mais il y a aussi des aspects plus sérieux qui sont abordés, avec les incertitudes dans la vie d'un couple.
Un dessin dynamique, une histoire passionée de métissage à l'autre bout du monde.
Il se pourrait que le premier tome m'ait plus plu.

[merci Lutine !]


Le blog de l'auteur - Aurita
Le blog de Frédéric Boilet - Boilet.net

Libellés : ,

10 mai 2009

FACEBOOK. ET MOI ! ET MOI ! ET MOI !

de Nina Testut
Illustrations de J.-M. Dumont
Essai - 190 pages
Editions Hoëbeke - mai 2009

Sur Facebook, on se crée un réseau, un réseau virtuel qui flirte souvent avec sa propre vie réelle ou parfois qui en est totalement déconnecté. Sur ce temps passé à s'y mettre en valeur, s'y montrer sous son plus beau jour, à épier les autres et ce qu'ils révèlent de leurs vies, à se remettre de certaines jalousies, à chercher l'âme soeur, à actualiser son profil, il y aurait beaucoup à dire. Marie, Vinciane, Mike, Alice etc... Ils sont tous membres de ce réseau, et deviennent le reflet de la faune qui habite l'univers de Facebook.
Au-delà, Nina Testut étudie ici les nouveaux rapports humains qui sont nés des rapports virtuels. De la contradiction née de la proximité de communication qui est mêlée à l'éloignement physico-social, Facebook Et moi ! Et moi ! Et moi ! décrit les us et coutumes du réseau, sans oublier son vocabulaire spécifique : sur Facebook on poke, on requeste, on target, on tague et on présente son wall...

Extrait :

"Simon, artiste et metteur en scène, qui a monté sa compagnie. Je requeste Simon. Je rêve de cinéma mais le théâtre, je peux aussi ! Facebook pour ça c'est pratique, ça rend le monde plus petit.

Mais est-ce bien ce dont j'ai envie, moi, d'une monde plus petit ? Tu voudrais, toi, d'un deux-pièces plus petit, d'un siège de cinéma plus petit, d'un cheese-cake plus petit ? Ca ne te fout pas les boules, toi, de l'éprouver, que le monde est si petit ? Ca te fait vraiment plaisir de rencontrer la comptable de ton entreprise un jour de mai en haut de la statue de la Liberté ?"

Il se pourrait que Facebook amplifie les faux semblants (l'"ami" peut aussi bien être un inconnu qu'un ex...), les narcissismes et les stratégies du paraître.

Pour décrire cette société parallèle, Nina Testut, sociologue, aborde différents thèmes en se glissant dans la peau de différents profils facebookiens, étant tour à tour geek, prétentieuse, mère étalant les photos de ses nourrissons, esseulée pleine d'attentes ou jeune loup aux dents longues préoccupé par un réseau accélérateur de carrière...
Loin de stigmatiser les personnes accros au réseau, l'auteure veut voir en Facebook le reflet des rapports humains d'aujourd'hui, de l'individualisme qui conduit à mentir, (se mentir ?) ou se montrer même si on ne nous le demande pas...
Et, bien souvent, les épisodes facebookiens de la vie de chacun s'arrêtent quand d'autres préoccupations quotidiennes prennent le pas chez les internautes...
N'ayant jamais ouvert aucun compte sur Facebook, j'ai lu ce livre en reconnaissant évidemment certains comportements qui se retrouvent également parmi les blogueurs, les profils msn et autres... et j'ai appris l'étendue des interractions possibles, des aléas regrettables, de cette étonnante addiction et de la manière dont se meuble "le territoire de leur ennui"...
Un essai très actuel qui se dévore. ____________________[merci à Cécile P. !]

Libellés : ,

09 mai 2009

LA VIE D'UNE AUTRE

de Frédérique Deghelt
Roman -340 pages
Editions Actes Sud - janvier 2007
Editions Actes Sud Babel - juin 2008

1988. A 25 ans, Marie vient de décrocher un emploi dans une société de production. Cela se fête et lors de cette soirée elle rencontre un charmant Pablo. Oui mais là nous sommes en 2000, Marie a 32 ans et elle se réveille dans une maison qu'elle ne connaît pas, aux côtés d'un mari (n'est-pas ce Pablo rencontré la veille ?) et d'enfants qui apparemment sont les siens. Elle n'a aucun souvenir de ces 12 dernières années et cache son amnésie à sa famille... Alors il lui faut réapprendre à s'adapter à un quotidien inconnu, en tentant de découvrir son propre passé par les indices que laisse çà et là l'entourage...

Le parti pris est assez fou ! Quand l'histoire débute, il y a de quoi être sceptique sur l'avancée du roman qui est ainsi bâti sur une base assez irréaliste. Et bien, force est de constater que Frédérique Deghelt nous embarque complètement dans cette vie d'amnésique, avec cette progression à tâtons, cette (re)-découverte des gens, des endroits, des situations. Les activités que Marie avait hier, elle ne sait plus les pratiquer. Les différends qu'elle pouvait avoir avec certaines personnes, elle doit les jouer et les comprendre...

Extrait :

"Nous sommes déjà mariés, souviens-toi. Mais oui, je veux bien t'épouser à nouveau. Bonne journée, ma fiancée.

Je raccroche. Alors c'est vrai, nous sommes déjà mariés ! Madame... Comment m'a-t-on appelée déjà ce matin ? Un nom horrible. Il faut décidément que je m'attaque aux albums photo. Et à propos, où est mon alliance ? Rien... Cette accumulation de sourires, de vacances, d'anniversaires, d'expressions ne m'évoque rien. J'ai beau attendre à chaque page un choc, une ombre, un fil à tirer pour que vienne le reste, c'est l'album de photos d'une étrangère que je feuillette avidement. Un double de moi-même sourit, boude, s'appuie sur des épaules inconnues, porte des bébés, pose aux côtés de certains copains de toujours (quelques-uns ont vieilli), fait coucou aux côtés de... [...]

Tous ces albums sont en résumé l'histoire de la vie d'une folle. Et la folle, c'est moi. Aucune photo de mariage ne fait son apparition dans cette vie colorée. Il n'y en a pas non plus dans l'appartement. Je constate donc avec plaisir que même douze ans après, j'ai toujours horreur des salles à manger ou chambres où, immanquablement, sur une des tables, trône l'évidence arrêtée d'un couple souriant dans la blancheur immaculée de son union. L'horreur conjugale encadrée ! Le téléphone sonne à nouveau."

Cet oubli, cette amnésie involontaire, c'est tout de même le cerveau de Marie qui l'a provoqué. Quel évènement a-t-il pu déclencher cet oubli soudain ?

Une lecture vraiment agréable, surprenante, grave parfois, avec ce style fluide et les dialogues noyés dans le récit. Magnifique, terrifiant peut-être si on le lit sous un autre angle, sous celui de la nécessité de l'oubli.

L'avis de Lucien - Critiques libres

L'avis d'une autre Marie - Lectures & Cie

Libellés : ,